M.I.L.F. et Fourrer le feu de Marjolaine Beauchamp

Full disclosure: Marjo est une genre d’amie que j’ai vu deux fois. Certain-e-s diraient qu’à ce niveau-là il faut dire connaissance. They’re wrong. C’est peut-être unilatéral, peut-être pas, mais Marjo c’est quelqu’un qui me donne le feel de relate. Pas tant que nos vies sont similaires, mais plus que j’ai l’impression qu’à un niveau, on partage de quoi.

Donc, je n’étais pas objectif avant de la lire, et puis après avoir passé 6 semaines à attendre que ses livres m’arrivent par la poste, j’ai juste dévorer ses livres.

Elle écrit des choses, c’est rare (à bien y penser, peut-être pas, je ne lis pas assez). Au minimum, c’est beau. Elle a une forme d’honnêteté qui n’est pas naïve, une genre de force vulnérable, peut-être l’inverse.

Se battre contre un ventilateur, un pot d’pickles, une garde partagée, une place de parking, une job mal payée, une bonne vue dans le festival.

Se battre pour se battre, pour avoir mal à quelque part à l’extérieur de soi.

Avant de dévorer ce que Marjo a écrit (Aux plexus suivra probablement), ça faisait des années que je me tenais à 10 mètres de tout ce qui ressemblait à de la poésie.

Bon, pas vraiment des années et pas vraiment 10 mètres, mais on comprend l’image. Le point c’est que j’appréhende toute poésie comme un ennui. Déjà, je n’aime pas le patriotisme, ni le nationalisme, ni l’idéalisation malsaine de la misère comme d’une forme pure de l’authenticité. Trop de micro libre, de pages de zine et de recueil m’ont recensé des images où je ne vois rien de ce que je vois.

Je lis de la poésie pour que d’autres me disent comment je me sens. Pour d’autre raison, parfois, mais surtout pour ça. Si ça résonne pas dans mon chest, ça me fait chier.

Je suis égocentré de même.

Chus pas intacte, crisse d’homme moderne à marde, j’aurais donc dû le savoir. Prends ton esti de sac de fille pis décâlisse, va fourrer des nymphettes avec un trouble alimentaire, moé m’as aller me pogner des chauffeurs de grues avec un fétiche de fucké.

Tout le monde à sa place han?


J’ai déjà vu le pire

Alors je ne suis pas sûre
Que j’ai vu le pire
Mais tout de même
Ça lui ressemblait.

Dans vie, j’aime l’humilité, l’incertitude, l’absence de prétention à des absolus, et surtout, j’aime ceux et celle qui fasse à cette absence de certitude se dévoue à un idéal subjectif, une volonté d’exister malgré l’incertitude de l’être. Bref, tant qu’à moi, il n’y a rien d’honorable à faire la « bonne » chose si on n’a pas eu l’envie de faire la mauvaise.

Tout ma vie, je crois, je devrais gérer ce conflit pas gérable entre ce que j’ai envie de faire et ce que je dois faire.

Je me rappelle un atelier de création littéraire en 2011, on devait se mettre dans la peau d’une mère monoparentale. Tout le monde racontait une mère aimante, épuisée, mais au combien dévoué, qui aimait d’un amour parfait ses kids. La mienne voulait crisser des tapes à ses enfants. Elle le faisait pas, mais elle le voulait. La classe s’était outrée, il paraitrait que c’est pas normal de vouloir frapper ses enfants. Fak ouais, j’ai relate en criss quand je suis tombé là-dessus :

Ça a dû prendre 6 mois
Avant que je l’aime vraiment
Estie que ça se place mal
Dans une conversation

Des conversations qui partent fuck trop souvent sur des non-sens malhonnête. Pis pourtant, ça serait tellement plus simple de se dire les vraies affaires.

-Salut boss, je n’étais pas en retard parce que mon réveil n’a pas sonné, mais parce que je ne me trustais fuck all pas pour me retenir de me crisser devant le métro. Ergo j’ai préféré marcher.

Une fois, j’ai rêvé de drop à ma classe :

-Sorry de ne pas être au top de ma forme, mais il y a 5 heures j’étais inconscient au bout d’une corde parce que j’ai essayé de me tuer.

Mais paraitrait que ce n’est pas professionnel de dire ça…

Pourtant, je ne suis pas seul. On est une chiée à y avoir penser, à se demander si on est seul.e, pis on fait semblant, comme s’il y avait quelques choses de noble à donner l’apparence de ce qu’on n’est pas. Comme s’il fallait avoir honte de vouloir crever de manière régulière. Comme s’il fallait avoir honte de ne pas répondre à des standards sociaux auxquelles personne ne se conforment vraiment, mais qu’on fake de manière plus ou moins convaincante.

C’est pour ça que j’essaie de parler plus banalement de mon envie de crever, pas tant parce que ça me fait du bien, mais plus pour que d’autres se disent qu’ils et elles ne sont pas seul.e.s. Peut-être qu’ironiquement, je peux servir de preuve du fait qu’on peut survivre longtemps à l’envie de ne plus vivre.

Et quand Marjo parle de cette difficulté d’être une mère qui ne fit pas avec notre modèle idéal de la maternité, j’y trouve un écho de mes craintes face à la parentalité et face aux standards sociaux auquels je me mesure. À quelques part, j’y trouve aussi comme un écho de mes modèles parentaux.

De mon expérience de nounou avec ma nièce, j’ai pu conclure que c’est tough et ingrat de rajouter un +1 au headcount de l’humanité. Après avoir fait le shift de nuits pour la troisième fois d’affilé, ce n’était pas de l’amour qui me poussait à me lever à 4h15 du matin pour changer une couche, chauffer du lait et faire burper le bébé, c’était juste un mélange bizarre de sens du devoir, combiné avec une prise d’otage hormonal (et émotif) que le bébé m’imposait et sur lequel je n’avais pas vraiment de contrôle.

Pis qu’on se comprenne, Marjo ne fait pas qu’écrire sur être mère, même si MILF en parle pas mal et que c’est une expérience qui marque ses livres, il y a plus que ça.

Marjo écrit sur ses tripes, ses failles, son rapport au monde. Elle a une cruauté dans sa plume, mais aussi une bienveillance. Une cruauté intransigeante qui exige l’introspection de soi, sans artifice ni excuse, sans permettre de se faufiler de ses fautes et de ses fucks, mais c’est aussi la bienveillance de dire que ce qu’on y trouve est legit, que c’est correct d’être poqué, qu’on est valide malgré tout la junk qu’on a dans le ventre.

Et surtout, elle écrit bien.

Sortir du langage
Quelquefois
Pour consolider les statistiques
D’altercations physiques
Nous n’étions plus victimes
Mais chacun notre tour
Un bourreau
Dans l’ultimatum de la douleur

Et de l’envie d’en prendre plus

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