Histoire mutines, et Folles frues fortes: ouvrages collectifs

Quand j’ai décidé de me remettre à lire, j’ai trouvé ça weird. T’arrives devant une bibliothèque, pis c’est juste plein de choix.

Il y a crissement du monde qui semble avoir l’impression que c’est intéressant de les lire.

Je ne peux pas dire s’ils et elles ont tords ou raison, mais je peux dire que c’est tough de faire un choix.

C’est dans ce contexte que j’ai décidé de prendre deux recueils de femmes à la librairie –Folles Frues Fortes, sous la direction de Marie Demers, et Histoires mutines, sous la direction de Marie-Ève Blais et Karine Rosso -.

Dans les listes d’écrivaines, certaines que je connaissais déjà, d’autres que non.

Cela dit, je tiens à le préciser:
Je n’ai pas choisi des recueils «de femmes».
J’ai choisi des recueils de trucs qui semblaient réfléchis et intéressants à lire.

Je n’y peux rien si les garçons et les hommes semblent statistiquement moins capables de me faire réfléchir, ou de m’intéresser.

Si je me risquais aux analyses sociologiques, je dirais que la pression sociale plus importante que l’on impose à certaines assignations identitaires semble offrir à ces personnes un genre de privilège épistémologique dans l’apprentissage de l’humilité et de la rigueur. Pas qu’ils ou elles aient « naturellement », moins tendance à dire des conneries insipides, mais plus qu’il existe socialement un coût plus important à l’expression de telles conneries. Peut-être aussi que c’est plus facile pour le mendiant que le riche de réaliser que l’interdiction de dormir sous les ponts est injuste.

Pas que le riche ne puisse pas avoir de considération sociale, ou qu’un dude ne puisse pas découvrir par lui-même le constructivisme et les théories queer, mais c’est juste plus difficile pour lui.

Bref, je ne lis pas des « recueils de femmes », pour lire des recueils « de femmes », c’est pas mon kick de reproduire les assignations identitaires et l’esprit de groupe.

Je lis des recueils de personnes qui me semblent capable de me faire avancer et réfléchir comme personne. Il s’avère que les textes issus de groupes marginalisés tendent à être plus intéressants pour atteindre cet objectifs. Cela dit, des personnes issues de groupe marginalisé, il y en a des poches. Pis il y a des textes fucking bien qui viennent d’hommes tout ce qu’il y a de plus privilégiés. C’est pas ça le point.

Anyway, je ne me risque pas à faire des analyses sociologiques.

Cette chose étant clarifiée (ish…) on peut maintenant passé au fond de l’histoire. Qu’est-ce j’en ai pensé?

Il y a des trucs bons, d’autres moins.

J’ai moins apprécié Folles Frues Fortes qu’Histoires mutines, probablement que les commentaires d’actualité, qui sont présents dans le premier et pas le second y joue pour quelques choses. J’ai l’impression qu’il est souvent plus difficile de faire preuve de vulnérabilité dans un commentaire d’actualité et j’ai, personnellement, une fatigue de la prose revendicatrice qui me rappelle le pamphlet politique, plus que le partage de subjectivité.

Je consens bien que ces commentaires soient nécessaires et appréciés pour certains et certaines, et qu’il y a un intérêt à faire ressortir ces discours, je crois que ce n’est juste pas pour moi. Je m’explique:

À quelques parts dans une marge d’un cahier, j’ai écrit :

Moi aussi j’ai connu la violence des hommes blancs, de leurs emprises sur le monde, de leurs immaturités déguisées en certitude; de leurs peurs pour ce qui diffère. C’est peut-être l’héritage d’être devenu ce que l’on m’impose, plutôt que ce que je suis.
J’ai beau m’objecter, il demeure que je suis mon phénotype. Je suis l’homme blanc, malgré moi.

Et c’est peut-être là où je vois la limite de certaines approches identitaires, souvent mise de l’avant dans les commentaires d’actualités, qui cherchent à pointer le gun sur l’autre plutôt qu’à le retourner contre soi. Bien que j’admette sans réserve que certains et certaines profitent plus que d’autres de l’organisation sociale actuelle, et que j’admette également que j’appartiens bien plus aux certains qu’aux autres, il me semble également de l’évidence élémentaire que la possibilité de partager son commentaire dans un livre ou une publication place nécessairement celle ou celui qui le formule dans une position privilégiée. Une position qui, nécessairement, participe à la reproduction de ce qui est dénoncé. Bref, l’altérisation du pouvoir m’intéresse peu, il m’ennuie. Ma quête pour déconstruire le pouvoir est d’abord une enquête sur les multiples usages que je fais du pouvoir, ainsi que sur la réception de ces usages par les subjectivités d’autrui.

Bref, au regard de cette quête personnelle, j’ai préféré Histoires mutines à Folles Frues Fortes et j’ai préféré la section «Folles» que « Frues » et « Fortes ».

Au niveau des textes, je me la joue chaotique et je vous pitche mes coups de cœur en vrac. Parfois avec des citations, parfois pas. (N.B: ce que je ne nomme pas, ça ne veut pas dire que c’est mauvais, c’est juste pas dans ma catégorie « coups de coeur » au moment d’écrire ces lignes.)

Histoires mutines

  • Speak the thruth, even if your voice shakes de Sarah Charland-Faucher.

Un poème, je crois, minimalement une série de mots qui frappent, qui parlent de la perte d’une amie, de la violence qui anime l’intime comme microcosme de la violence systémique. Des lines qui sont belles. Triste, aussi.

Ta mort n’a que le sens qu’on lui donne.
Ton corps gelé dans la neige, implacable récit de la violence contre toi et tes soeurs,
n’aura jamais de sens en soi.

Sarah Charland-Faucher
  • Tous les enfants sont mortels de Iraïs Emmanuelle.

Il m’a fallut plusieurs paragraphes avant de ne cesser de trouver le style haïssable. Puis de manière meta, une discussion un peu lourde sur Duras, sur les femmes qui écrivent, sur celles qui écrivent comme elles veulent. Je n’ai toujours pas lu Duras, mais si c’est un hommage, I guess que je ne tiens pas particulièrement à la lire maintenant. Je n’aime pas les gens qui se prennent au sérieux, mais j’aime quand on me pousse à me demander si je ne suis pas un connard qui se cherche des excuses.
Bref, j’espère retomber sur un autre texte d’Iraïs Emmanuelle, elle me fait penser et j’aime ça.

  • Moi, défragmentée de Cindy Simard.

Le monde qui parle d’eux ou d’elles et que c’est beau et triste quant ils ou elles le font, je les jalouse et les apprécie beaucoup. Bref, je ne mets qu’une quote:

Je n’ai pas de limite. Sans attache dans le temps et l’espace. Sans ancrage. J’ai l’estomac qui se révulse, je n’ai pas de frontière. Tout entre et sort sans restriction, aucune. Je n’ai pas de début ni de fin. Je me lis de tous bords tous côtés. je suis la page du milieu. […]

Cindy Simard

Folles Frues Fortes

  • Romanesque de Martine Delvaux.

J’ai des réserves sur ce texte-fleuve, il est beau, bon, fort. Il exprime une colère pertinente et nécessaire, mais il me semble manquer de prudence par moment. Je trouve qu’il fait parfois un pas de trop ou qu’il néglige de faire des précisions.

Cela étant dit, c’est un texte qui me touche énormément de par sa capacité à parler d’expérience qui révèle, je crois, une forme universalisable.

[…] ce qui m’enrage, ce n’est pas d’être vue comme ce que je suis[…] , mais de constater qu’être [vue comme ce que je suis] est encore un prétexte pour tourner le dos à mes mots, […] ils ne valent rien avant même d’être lus, ils ne veulent rien dire, trop collés dit-on sur le nombril, la blessure, comme si être blessée par le monde des hommes, c’était un détail sans intérêt, une pleurnicherie, un caprice […]

Martine Delvaux
  • Heavy Soul et J’essaye fort de Marjolaine Beauchamp.

Je crois que c’est une règle générale assez efficace, si Marjolaine Beauchamp écrit quelques choses, tu devrais le lire. C’est puissant, touchant, sensible, fragile, fort, ça décalisse l’intime respectueusement. C’est humble et honnête.

Chus folle de pas réussir pour vrai
Des succès d’estime
Fuck ton succès d’estime
J’te parle de désolation
De pas me faire d’assiette pour qu’y reste des lunchs
Chu folles des quatre dude qui ‘ont droguée avant Noël
Qui ont conduit mon char
Chus folle du test médico-légal
Chus folle de pas être encore revenue de ça
Chus folle de traîner mon esti de tapis volant d’badluck

Ben oui ben oui
C’est beau
C’est rough
C’est beau comme une mouche à feu
Tant que tu ne touches pas
Que tu gardes tes distances
Belle de loin

J’essaye fort, Marjolaine Beauchamp
  • Ça va aller de Marie-Sissi Labrèche

Le style m’a moins plu que d’autres textes écrits par Marie-Sissi Labrèche, mais la sensibilité et la perspective qu’y sont explorées m’ont énormément interessé. Je crois que l’empathie est un truc qui s’apprend et que ce texte peut nourrir la compréhension d’un autre rapport au monde, particulièrement pour les personnes qui peinent à comprendre la multiplicité des rapports cognitifs au monde.

Pour commander les livres:
Folles Frues Fortes:
https://www.leslibraires.ca/livres/folles-frues-fortes-9782924207970.html
Histoires mutines:
https://www.leslibraires.ca/livres/histoires-mutines-recueil-de-nouvelles-marie-eve-blais-9782890915497.html

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