Slapshot dans les dents et autres inconforts

Ian Laperrière

Vous écoutez les games de hockey?
Moi non. Je n’ai pas le câble chez nous et je ne suis pas très très partisan dans la vie, mais une fois de temps en temps, je sors prendre une bière avec mes amis et on écoute la partie. Pas parce qu’on souhaite profondément voir comment se porte le Canadiens(il va mal vous dites?), mais surtout pour la beauté de voir du monde se défoncer corps et âme pour un bout de rubber.

J’ai l’air de me moquer, mais non, je trouve ça intéressant de voir dix gars tout donner pour un truc aussi abstrait qu’une victoire. Vous savez qui sont mes joueurs préférés? Non, ce n’est pas Sydney Crosby, ce n’est pas les gardiens. Non, les joueurs que j’aime le plus, ils s’alignent généralement sur le troisième ou le quatrième trio, ils gagnent pas nécessairement des salaires impressionnants et leurs statistiques ne sont pas les plus trippantes. Moi, quand je regarde le hockey, j’aime voir des Steve Bégin, j’aime voir des Ian Laperrière, j’aime voir des gens qui y croient.

Croire, pas en eux, pas dans le sens de fraichement chier, non. Croire, aux autres, en leur équipe, croire que la victoire en vaut la peine.

En préparant ce texte, je suis tombé sur cet article à propos de Ian Laperrière: Lien.

Un slap shot dans la face, pas de grille, rien. 7 dents en moins et 20 minutes plus tard, il rembarque sur la glace pour jouer. Sérieusement, je ne sais pas pour vous, mais moi, j’aurais pris off pour la soirée.

-Mais Olivier, pourquoi tu nous parles de hockey?

-Parce que, j’aime bien prendre mon temps pour présenter une idée, j’ai l’impression d’être plus clair comme ça…

-Mais de quoi tu veux parler d’abords?

-De la grève étudiante. Tu vois, ça brise tout de le dire drette sec comme ça.

-C’est quoi le rapport?

-Ben justement, il y a pas longtemps, j’expliquais que je voulais parler de droit à l’éducation et je disais que je ne voulais même pas parler de financement de l’éducation, mais juste de l’obligation morale d’assurer l’accès à l’éducation.

-Ouais, on a compris, pis là?

-Ben là, je m’adresse juste aux gens qui sont contre la hausse, mais pas pour la grève.

-Vas-y parle d’abord pis arrête de niaiser dans tes dialogues.

Si vous le dîtes, monsieur le lecteur, c’est vous le patron! Ian Laperrière a eu le visage démonté en morceau, on a beau dire ce qu’on veut sur son salaire, son contrat, sur tout ce qu’on veut. Rien dans le monde ne l’obligeait à se poser une grille et à rembarquer sur la glace. Enfin, si, il s’obligeait à rembarquer, lui, sa morale. Dans certains milieux, on appelle ça en prendre une pour l’équipe. Au hockey, c’est de se coucher devant une puck qui fonce, au football, c’est de se faire rentrer dans les genoux pour un gain de deux verges, dans l’armée, c’est de se coucher sur la grenade pour limité les morts.

L’idée est simple, c’est de se sacrifier pour le bien commun, c’est d’accepter un inconfort pour éviter pire à autrui. Ça se résume par de l’altruisme. Où je veux en venir? À la saleté de grève étudiante, je l’ai déjà dit. Ce que je pense de la grève? Moi, personnellement, elle m’avantage un peu, j’ai plein de rédaction à faire pour mes cours, ça me donne un délai que je ne planifiais pas, tant mieux. Il reste que, ça me fait un peu chier quand même, je suis en appartement, ma mère m’aide du mieux qu’elle le peut, mais pour moi, la période estivale est une période faste. Je travaille à temps plein, j’économise un peu, je ne me casse pas la caboche, je peux m’étendre dans l’herbe d’un parc lors de mes journées off au lieu de m’enfermer et de pianoter sur mon clavier. Donc, j’aime bien l’été, j’aime bien finir ma session, j’aime bien aller à mes cours et apprendre, pas nécessairement pour le diplôme, surtout parce que je trouve ça stimulant. En bref, la grève, elle me casse les couilles. Moins qu’à d’autres, je l’avoue, mais elle m’énerve tout de même.

Pourtant, je suis fier d’être en grève, parce que malheureusement, c’est historiquement la seule option afin de bloquer une hausse des tarifs universitaires, aucune autre ne s’est montrée efficace pour faire reculer un gouvernement en la matière (Historique içi) et je ne vois aucune alternative dans l’instant.

Donc, la grève, c’est la solution pour bloquer la hausse des frais de scolarité. Soyons réaliste, le pire du pire que le gouvernement peut faire, c’est annuler une session, ce qui n’est jamais arrivé d’ailleurs, mais dans le pire des cas, le gouvernement annule une session et il doit céder à la session suivante, car le Québec ne peut pas se passer de nouveau diplômé, l’impact économique serait effroyable. Bref, dans le pire cas, nous, collectivement, perdons une session. Ça ferait chier, je suis totalement d’accord, mais c’est le pire scénario et il inclut un décalage de 6 mois dans votre vie. Si nous ne passons pas cette grève cependant, les estimations parlent de plusieurs milliers d’étudiants qui n’auront plus accès à l’université, des milliers de vies que l’on bouleverse dans leurs totalités pour s’éviter, au pire, 6 mois d’inconfort.

En prendre une pour l’équipe, vous comprenez?

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