Nietzsche en résumé

Un philosophe qui avait le Movember à coeur

Le thème de l’essaie porte sur la vision de Nietzsche des valeurs de partage et de pardon et sur ce qu’est la morale des faibles. Je trouve le résultat suffisamment satisfaisant pour qu’il soit pertinent de vous le partager. Amusez-vous et débattez!

À la fin du XIXème siècle, Nietzsche publie Par-delà le bien et le mal, un essaie dans lequel le philosophe attaque et déconstruit ce que sont les notions de bien et de mal. Au centre de sa réflexion: la critique de la notion de devoir, afin d’établir une notion de pouvoir. Ce filon se poursuit par la suite dans l’œuvre Généalogie de la morale, dans laquelle il fouille les origines et fondements de la morale contemporaine afin d’en démontrer les racines qui sont, selon son analyse, corrompues. De cette réflexion découle un questionnement peu conventionnel: quelle valeur a la morale. C’est à partir de cette question que Nietzsche jette les bases d’une nouvelle moralité qui s’oppose à la prépondérance de la ‘‘morale des faibles’’, une tendance dans laquelle le fort est soumis aux volontés de la masse, qui elle est, pour sa part faible, par sa nature humaine. Ce refus de l’autojustification de l’homme par l’homme transparaît également dans cette idéalisation de l’homme immoral, ou auto-moraliste, qui se présenterait comme un homme ayant détruit ses préconceptions afin de jeter les bases d’une morale nouvelle. Morale dans laquelle l’homme ne serait plus contraint par des idées comme le partage et le pardon, mais par des valeurs d’avancement et de progression individuel. En ce sens, Nietzsche se joint à des penseurs comme Nicholas Machiavelli et Sun Tzu dans une contestation des valeurs de pardons et de partage qui à leur sens apparaissent comme des valeurs démocratiques et donc par définition, valorisant les faibles.

Dans cette fronde contre la démocratie repose un choc entre deux perceptions profondément opposés. D’une part, la morale chrétienne classique et son propos égalitaire. Dans cette perception, l’homme se justifie puisqu’il est homme et à ce titre, tout homme est de valeur égale à un autre homme. Tout les hommes étant égaux, ils sont égalitaires en droit et en devoir, leurs pouvoirs se doivent donc de servir les intérêts collectifs. Nietzsche dénonce dans cette vision une instrumentalisation du fort pour les intérêts des faibles. Les faibles ne contribuant pas au bien-être du fort, le fort se voit donc brimé dans sa capacité créatrice afin d’éviter qu’il ne soit en position dominante sur les faibles. Afin d’assurer la perpétuité de cette situation, les faibles se seraient collectivement unis afin de construire une morale dans laquelle le bien-être individuel est sublimé au profit du bien-être de la collectivité. Dans sa morale immorale, Nietzsche construit une proposition dans laquelle l’homme rompt avec cette obligation démocratique de bien-être collectif afin de se concentrer sur une vision plus personnelle du mieux-être. L’homme ainsi défait de toutes redevances envers la collectivité, est au service de son seul avancement. Ainsi, seul les plus forts s’élèveraient dans leurs meilleurs intérêts. La protection de leurs intérêts par les forts demandant forcément que les faibles ne nuisent pas aux leurs, la morale ne serait plus dictée par une obligation d’assister son prochain, mais par l’intérêt du fort pour la conservation de sa position dominante et donc d’assurer la soumission et la satisfaction du faible dans un rapport de soumission à son avantage. Cette nouvelle morale seraient donc une morale plus vraie, plus juste, dictée par les intérêts des forts et par conséquence des faibles.

Afin d’établir cette nouvelle morale, il est important d’accepter la nature profonde de l’homme, une nature inéquitable et injuste dans laquelle tout les individus ne sont pas nés égaux et où les capacités ne sont pas similaire. Les dons n’étant pas distribués de manière équitable, l’égalité est donc un idéal qui demande le nivellement par le bas de tout individu au dessus de cette égalité. Les fondements moraux du christianisme indiquent pourtant l’homme comme égal face à Dieu, or, cette égalité est caduque car elle s’oppose aux dispositions naturelles de l’homme. Certains hommes n’étant plus à même d’assurer leur subsistance et leur progression, il est donc naturel pour ces individus de profiter de cet avantage afin d’améliorer leurs conditions. En ce sens, le fort exploitera le faible afin d’assurer la pérennité de son mieux-être, cette exploitation, réaction naturelle d’un fort face à un faible serait donc légitime puisqu’elle encouragerait le fort à consolider sa position. Il est cependant impossible de dissocier cette exploitation du principe d’agression car l’homme fort obtenant de l’exploitation un pouvoir de créer beaucoup supérieur, il devient inévitable qu’un autre individu, dans son désir d’augmenter ses capacités créatrices, tente de s’émanciper où encore de se substituer à l’homme fort. Afin d’éviter le détournement et la réappropriation de son pouvoir, le fort peut et doit être agressif vis-à-vis toute menace à sa position de pouvoir. Car non seulement celle-ci mine-t-elle sa capacité à diriger, mais de plus, il s’agit d’agression et donc d’affrontement, d’ou ressurgira l’homme le plus fort alors, le plus à même d’exploiter au mieux les pouvoirs que l’exploitation lui permet de se procurer. L’exploitation et l’agression étant naturelle dans la prise de pouvoir des forts, elle se constitue comme une action morale selon l’immoralisme de Nietzsche.

Or, si l’exploitation et l’agression sont une conséquence de l’état de l’homme, il faut convenir que l’homme a apprit au travers le temps à distinguer le droit, qui découle du devoir et de ce fait, qui repose pour sa part sur une capacité. En ce sens, la morale et l’immoralité sont profondément opposés: Nietzsche rejette la notion de droit, puisque celle-ci découle d’une perversion de l’homme par les faibles. Le pouvoir est une justification: si une action se peut et que celle-ci permet à l’individu d’augmenter ou de protéger sa capacité future à exercer un pouvoir, elle est morale. L’homme fort n’a donc comme seul devoir que d’assurer la pérennité et la continuité de son pouvoir. La morale constituée par des penseurs tel que Rousseau ou Kant est pour sa part une morale collectiviste, qui constitue des devoirs et des droits aux individus afin d’assurer la continuation d’une situation équitable favorisant le traitement égal de chaque homme et donc leur épanouissement. Au centre de cette opposition, une position radicalement opposée sur ce qu’est l’homme. Chez Nietzsche, l’homme ne possède aucun statut particulier, en ce sens, il ne possède pas de droit fondamental et il est tout à fait légitime de suivre le chemin qui lui apparaît adéquat afin de maximiser ses possibilités. Dans la morale dites des faibles, l’homme est par sa nature, un individu particulier aux potentialités multiples. Comme chaque potentialité est impossible à déterminer, il faut assurer la protection de ces potentiels car ceux-ci pourront, à terme, être ré-exploité par la collectivité afin d’en assurer la perpétuité. Réduire l’homme à des rapports de pouvoir et donc de domination représente donc une menace réelle à l’épanouissement collectif et donc individuelle car le moment où l’immoralisme échoue, c’est lorsque vient le temps de démontrer l’intérêt individuel du tous et chacun dans cette individualisme anarchique. Le rejet de la morale nie, par sa présupposée domination naturelle des forts, que certaines compétences ont une valeur bien que celles-ci ne puissent en aucun cas supporter un rapport de force quelconque. Dans l’immoralisme, ces compétences sont effacées si elles ne se montrent pas exploitable par le fort.

Ainsi, le pardon et l’entraide que Nietzsche condamne comme étant une vertue prônée par les faibles se justifie parfaitement dans une vision de progression collective. Cette progression collective que critique Nietzsche, parce qu’elle protège les intérets des faibles, assure également un avancement plus constant de l’humanité car la force est, par définition éphémère et inconstante, de se soumettre collectivement à ses dictats qui ne permettent pas d’assurer la pérennité de l’Homme. “La morale des faibles”, comme la nomme Nietzsche, est certainement une critique pertinente du dictat de l’égalité car elle rétablit, face à un humanisme égalitariste excessif, les faits que l’on ne peut ignorer: l’homme voit ses possibilités distribuées innéquitablement entre les individus de son espèce et tous ne sont pas dotés de capacités équivalentes. L’être humain s’est constitué en société démocratique afin de contrer la domination d’un individu sur ses semblables. Ces collectivités se construisent dans l’intérêt des masses et la cohésion de ces groupes passent inévitablement par des valeurs morales tels le pardon et l’entraide. Sans ces valeurs, les sociétés sont appelées à éclater, la résultante de cet éclatement ne serait donc pas la progression des individus de la collectivité, mais l’instabilité et l’incertitude. En assurant la préservation d’un maximum d’individus et la possibilité d’éclosion optimale de toute leur potentialité, l’homme prend le pari que l’ensemble des possibilités d’une collectivité soit plus grande que l’ensemble des possibilités d’un individu.

Il est indéniable que Nietzsche lance avec l’immoralisme une remise en question de la morale qui est nécessaire, voir même vitale. Cependant, sa vision du monde sous-tend un anarchisme qui, contrairement à un anarcho-coopérativisme, ne tente pas de construire une nouvelle collectivité optimisant les forces et faiblesses des individus qui la constitue mais il croit plutôt naïvement que par la soumission au désir de pouvoir de l’homme, celui-ci améliore collectivement sa condition. Or, la conservation du pouvoir par le fort passe inévitablement par l’affaiblissement de la collectivité, car le surhomme de Nietzsche, cet individu au-delà des valeurs morales, ne peut conserver son statut privilégié sans s’assurer que ce statut ne soit obtenu par d’autres individus. C’est l’exclusivité de cette condition au-dessus des autres qui assure donc la stabilité de ce statut. Collectivement, cette contrainte d’exclusivité du pouvoir s’oppose à l’épanouissement d’une multitude de capacités. Nietzsche propose de tout détruire afin de reconstruire différemment, je proposerais plutôt de détruire intelligemment: notre morale nous à permit de progresser et d’avancer. Le dogme de l’égalité à effectivement ces faiblesses car elle suppose de l’égalité des capacités. Cependant, à l’égalité, nous pouvons substituer une équité, fondée sur des droits communs inaliénables mais aussi sur des possibilités variées dont l’individu peut avoir les moyens d’exploitation dans la mesure où le développement de ses possibilités n’entrent pas en opposition avec le respect des droits inaliénables des individus.

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